19 mai 2026
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En février 2026, MTN Group, le plus grand opérateur de téléphonie mobile d’Afrique avec plus de 300 millions d’abonnés, a annoncé le rachat des 75,3 % restants du capital d’IHS Towers qu’il ne détenait pas encore, valorisant ainsi la société à environ 6,2 milliards de dollars. La transaction, financée en grande partie grâce aux quelque 1,1 milliard de dollars de trésorerie disponible chez IHS, complétée par des liquidités et des emprunts de MTN, entraînera la sortie d’IHS de la Bourse de New York (NYSE) et placera l’une des plus grandes sociétés de tours indépendantes au monde sous le contrôle total de MTN.
IHS Towers, ce n’est pas n’importe quel actif d’infrastructure. Fondée au Nigeria en 2001, elle exploite près de 29 000 tours dans cinq marchés africains — le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Zambie et le Rwanda — dont environ 2 678 tours en Côte d’Ivoire et 2 500 au Cameroun. Pendant des décennies, ces tours ont constitué l’épine dorsale des réseaux mobiles à travers l’Afrique francophone et anglophone, fonctionnant comme une infrastructure neutre accessible à tous les opérateurs.
Cette ère de neutralité, c’est terminé.
1. Comment les tours sont gérées en Afrique francophone (au-delà d’IHS)
Source de l’image : IHS Towers
En Afrique francophone, IHS n’a jamais été le seul acteur, même s’il a toujours été le plus grand.
En Côte d’Ivoire et au Cameroun, le paysage est plus complexe. IHS y occupe la position dominante, mais Orange, dans le cadre d’un accord de gestion et de licence de location, avait confié à IHS la gestion de plus de 2 000 de ses propres tours dans ces deux marchés pendant 15 ans, tout en restant propriétaire de ces actifs.
Par ailleurs, Aktivco, le bras spécialisé dans les services énergétiques de la société française d’infrastructure Camusat, gère des tours dans le cadre de contrats de type ESCO (Energy Services Company), notamment avec Orange en Côte d’Ivoire, au Niger et au Burkina Faso.
Au Sénégal, la situation est différente. Helios Towers, la société londonienne de gestion de tours et troisième acteur du continent, est l’opérateur indépendant de référence, avec une équipe locale dédiée et un directeur général basé à Dakar.
Al Karama Towers, une towerco sénégalaise soutenue par M&A Capital, est également active : elle a racheté les 625 sites d’Expresso Telecom dans le cadre d’une opération de cession-bail (sale-and-leaseback) et explore une expansion vers d’autres marchés ouest-africains.
À l’échelle de la région, Helios Towers est présent au Sénégal, en République Démocratique du Congo (RDC), au Ghana, au Congo-Brazzaville, en Afrique du Sud et à Madagascar, avec plus de 8 000 tours sous gestion, se positionnant comme la principale alternative à IHS dans les marchés subsahariens.
Ce tableau révèle un écosystème d’infrastructure fragmenté : les marchés francophones ont historiquement été desservis par une combinaison d’IHS (dominant en Côte d’Ivoire et au Cameroun), de Helios (dominant au Sénégal et en RDC), des actifs conservés par les opérateurs eux-mêmes (notamment Orange), et d’une poignée de petites towercos régionales.
L’acquisition par MTN vient concentrer le plus grand bloc de cette infrastructure entre les mains d’un seul opérateur commercial.
Le précédent mondial : les leçons de l’Asie et de l’Amérique latine
Ce n’est pas la première fois qu’un grand marché émergent vit une telle consolidation de l’infrastructure télécom, et ce qui s’est passé ailleurs donne des signaux importants.
L’Inde offre la comparaison la plus parlante. Quand Reliance Jio est entré sur le marché en 2016 avec des données gratuites et une tarification agressive, il a déclenché une vague de consolidation qui a réduit le nombre d’opérateurs majeurs de huit à pratiquement trois.
Cela s’est directement répercuté sur le secteur des tours : Bharti Infratel et Indus Towers — cette dernière détenue en partie par Vodacom à l’époque — ont fusionné pour former la deuxième plus grande société de tours au monde hors Chine, gérant plus de 200 000 tours. Parallèlement, Brookfield Infrastructure a acquis environ 135 000 tours auprès de Reliance Jio dans le cadre d’une opération distincte de cession-bail. Résultat : un marché à deux acteurs avec les mêmes trois opérateurs comme clients principaux des deux. Cette concentration a certes généré des économies d’échelle, mais elle a aussi introduit un risque systémique : quand un opérateur ancre rencontre des difficultés financières — comme ce fut le cas pour Vodafone Idea —, tout le système vacille.
Pour l’écosystème startup indien, la consolidation a eu un effet indirect mais réel : les coûts des données mobiles ont baissé après le débarquement de Jio, alimentant une croissance explosive dans la fintech, l’edtech et le e-commerce, mais la propriété de l’infrastructure est devenue très concentrée.
L’Amérique latine offre une leçon différente. En l’espace d’une décennie à peine, les sociétés de tours indépendantes — menées par American Tower Corporation (ATC) et SBA Communications — en sont venues à posséder plus de 52 % de l’ensemble des tours télécom de la région.
Ce mouvement était porté par les opérateurs qui cherchaient à alléger leurs actifs. SBA Communications a racheté 7 000 tours à Millicom ; KKR a acquis 1 100 tours Tigo en Colombie en janvier 2024 ; American Tower a porté son empreinte au Brésil à plus de 17 000 tours.
Le modèle latino-américain a préservé la neutralité de l’infrastructure et maintenu des prix de colocation relativement ouverts. Cependant, American Tower a récemment signalé que la consolidation des opérateurs génère du churn, avec une croissance dans la région qui devrait rester limitée jusqu’en 2027. La mise en garde est claire : quand les opérateurs fusionnent et rationalisent leurs réseaux, les towercos indépendants en pâtissent — et avec eux, la connectivité dans les marchés ruraux et secondaires dont dépendent les startups dans l’agriculture, la santé et la logistique.
Le mouvement de MTN sur IHS est un hybride des deux modèles : ce n’est ni la cession de l’opérateur vers l’indépendant qui caractérisait l’Amérique latine, ni la concentration liée aux fusions qu’on a vue en Inde. C’est une ré-internalisation : un opérateur qui rachète une infrastructure qu’il avait autrefois vendue. Cela en fait quelque chose de structurellement nouveau et aux conséquences plus lourdes pour les concurrents qui dépendent désormais d’une infrastructure appartenant à leur principal rival.
La disruption concurrentielle
La préoccupation structurelle la plus immédiate, c’est la fin de la neutralité. Comme le rapportait TechCabal en février 2026, « le marché de tours neutres qui a contribué à l’expansion mobile en Afrique » est désormais sous pression, et les concurrents de MTN se retrouvent obligés de dépendre d’une infrastructure appartenant à leur plus grand rival.
Dans des marchés comme la Côte d’Ivoire, où Orange et de plus petits opérateurs comme Moov Africa (Groupe AXIAN) coexistent avec MTN, cela crée un désavantage structurel : la qualité et le coût de leur connectivité dépendent maintenant en partie de MTN.
Pour les startups, les risques concrets tiennent moins à la propriété des tours en tant que telle, et davantage à ce qui suit : si MTN utilise son contrôle sur l’infrastructure pour donner la priorité à ses propres services — sa plateforme fintech MoMo, ses produits de connectivité enterprise, ses futurs datacenters IA — alors les signaux de prix et de qualité sur lesquels s’appuient les prestataires de services numériques indépendants et plus modestes deviennent moins prévisibles.
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2. Les lacunes et opportunités pour l’écosystème
Source de l’image : Inside Telecoms
Malgré la consolidation, l’opération MTN-IHS crée un ensemble bien précis de lacunes structurelles qui représentent de vraies opportunités pour les investisseurs, les fondateurs et les acteurs du financement du développement en Afrique francophone.
L’acquisition d’IHS Towers par MTN est l’événement infrastructure le plus marquant pour l’économie numérique de l’Afrique francophone depuis une décennie.
Elle concentre le contrôle de milliers de tours en Côte d’Ivoire, au Cameroun et au-delà entre les mains d’un seul opérateur à logique commerciale, mettant fin à l’ère de l’infrastructure de tours neutre qui a discrètement soutenu l’écosystème startup mobile-first de la région.
Les parallèles avec la consolidation portée par Jio en Inde et la maturation des towercos en Amérique latine sont instructifs : la concentration au niveau de la couche infrastructure reshapera toujours la dynamique concurrentielle de l’économie numérique qui se bâtit au-dessus — parfois au bénéfice des consommateurs grâce à des coûts de données plus bas, parfois en limitant la concurrence d’une façon qui étouffe l’innovation.
Pour les investisseurs et les fondateurs en Afrique de l’Ouest francophone, la bonne réponse n’est pas l’inquiétude, mais la recalibration.
L’opération indique clairement où se trouvent les espaces blancs : les alternatives d’infrastructure neutre, les services énergétiques, les applications B2B sur la couche MoMo, et les verticales que MTN n’a aucun intérêt à s’approprier.
Dans un marché où les sorties ont historiquement été freinées par l’absence d’acquéreurs stratégiques crédibles, l’appétit M&A explicite de MTN en fintech est aussi, paradoxalement, une bonne nouvelle : cela signifie qu’un vrai acquéreur existe.
Il s’agit maintenant de construire des entreprises qui valent la peine d’être rachetées — dans des secteurs où la domination croissante de MTN sur l’infrastructure est un accélérateur, pas un plafond.
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